Interview exclusive d’Alexandre Loussert

  • Le 30 août dernier Alexandre Loussert donne une nouvelle interview au site internet Minoritaires.com, pour expliquer son point de vue sur la situation alarmante à laquelle sont confrontés les actionnaires de SoLocal Group à cause de la direction actuelle.

 

Voici un extrait de l’interview   » SoLocal, cas d’école de la « mauvaise finance » selon Alexandre Loussert », la suite se trouve sur Minoritaires.com :

 

Minoritaires.com : Le regroupement des actionnaires de SoLocal que vous conduisez montre que les actionnaires individuels peuvent se révolter lorsque leurs droits sont spoliés. Pourquoi cette mobilisation des actionnaires a-t-elle été aussi rapide à votre avis ? 

Alexandre Loussert : Les actionnaires individuels de SoLocal qui représentent environ 50 % du capital (source Les Echos), observaient depuis un an au moins, des manquements de la direction à leur égard.

Notre regroupement a pris naissance en février dernier sur le forum SoLocal de Boursorama, lorsque nous avons eu la conviction, avec Baudoin de Pimodan l’autre actionnaire fondateur, que la communication de l’actuelle direction devenait anormalement anxiogène et qu’il y avait sûrement des raisons obscures à ce qui semblait incompréhensible. Nous avons alors lancé ce mouvement qui regroupe plus de 1200 actionnaires de SoLocal et qui est devenu, depuis avril, une association baptiséeRegroupementPPLOCAL.

Grâce à Internet, nous avons pu réaliser une sorte d’Ubérisation de l’actionnariat. Les actionnaires individuels ont eu accès à des informations qu’ils n’auraient pas obtenues autrement ; internet nous a également permis de nous regrouper pour conduire une action collective et chacun peut suivre notre avancée au jour le jour.

Je pense que l’action de notre regroupement est un exemple duplicable dans des sociétés dont les actionnaires subissent le même sort. Mais il faut savoir que c’est difficile et très chronophage, qu’il faut faire appel à de multiples compétences, de comptabilité, de finances, de droit, de communication, d’analyse, de relations publiques que nous avons réunies grâce à l’expertise de nos membres.

Si la mobilisation a été aussi rapide, c’est aussi parce que le cas SoLocal est symptomatique des dégâts de la « mauvaise finance », celle qui spolie les épargnants et provoque des drames.

En tant que président, j’ai eu affaire à des actionnaires ruinés, dans le plus grand désarroi ; un petit artisan de Mulhouse par exemple qui a travaillé durement, a cru à la communication très optimiste de Jean Pierre Rémy entre sa prise de fonction en 2009 et jusqu’au 1er trimestre 2015. Il a investi toutes ses économies sur le titre. Il se retrouve quasiment ruiné et n’a pas la possibilité, c’est évident, de souscrire à une nouvelle augmentation de capital, présentée par le management comme une occasion de « se refaire ». J’ai rencontré des dizaines et des dizaines de cas semblables.

En quoi le cas de SoLocal est-il exemplaire des dégâts de la « mauvaise finance » ? 

A.L. : Le cas de SoLocal rappelle celui d’Eurotunnel. C’est un cas d’école en ce qu’il concentre le non respect des droits des actionnaires en matière de communication financière, les ravages des gros LBO, l’impuissance des petits porteurs face des dirigeants de sociétés cotées et face à des créanciers qui ont des moyens financiers colossaux…. SoLocal est aussi l’exemple type de la société dotée d’un gros cash flow, qui attire les fonds vautours cherchant une proie à vil prix.

Quelques exemples : s’agissant de la communication de SoLocal, le résultat 2015 a été réduit de moitié, en l’absence de tout profit warning, sous l’effet d’une provision pour le Plan Social pour l’emploi de 35 millions €, et cela sans que la société ne prenne la peine d’expliquer comment elle avait été calculée. Encore plus énorme, nous avons découvert dans le document de référence une dépréciation d’actifs sur la filiale PagesJaunes, de 1,64 milliard, excusez du peu,  sans qu’on nous explique d’où venait la chute de la valeur de cet actif.

Les actionnaires n’ont pu avoir les éclaircissements auxquels ils avaient droit sur ces sujets en assemblée générale, puisque l’AG qui devait approuver les comptes 2015 a été repoussée à deux reprises : d’abord de juin à septembre et à présent au mois d’octobre de fait, étant donné qu’elle n’est toujours pas convoquée ce 30 août 2016.

La communication de la direction devient difficilement crédible, c’est un grave préjudice pour SoLocal. Nous avons alerté l’AMF à ce sujet à maintes reprises.

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