Interview : PPLOCAL pose trois questions à Viviane de Beaufort

Madame Viviane de Beaufort, est docteur en droit, professeur à l’Essec, directrice des programmes Women Essec et fondatrice du Club Génération Startuppeuse. Elle est aussi spécialiste de la gouvernance et du droit des entreprises en Europe.

INTERVIEW. 
PPLOCAL : Quel premier bilan peut-on faire des assemblées générales 2018 ? 
Viviane de Beaufort :  Premier bilan est le bon mot car j’aurai en septembre sur ce sujet plus de choses à partager, mais il apparaît que manifestement les choses bougent un peu (enfin !). On a quand même assisté, et je sors un petit papier là dessus très bientôt, à des AG très disparates. Entre les exercices dictés par le dirigeant, sans dialogue, sur des pratiques pourtant étranges en termes de gouvernance, comme à LVMH ou vivendi, et la révolution musicale à Total avec l’incursion de Greenpeace, les classiques AG se déroulent, lorsqu’on compare de 2012 à 2018 à peu près de la même manière : temps moyen/ déroulement / temps pour les questions.
J’ai remarqué une attention plus marquée aux questions de gouvernance, avec des actionnaires qui posent des questions, et sur la RSE (notamment risque climat).
La pression légale say on pay etc joue aussi son rôle d’activateur. J’espère beaucoup de l’exercice de transcription de la directive que vous évoquez en question 2, notamment sur le thème « démocratie actionnariale ».

La directive Européenne sur le droit des actionnaires, qui doit être transposée d’ici mai 2019, va mettre en place un ratio d’équité qui obligera les entreprises à publier un tableau mettant en parallèle l’évolution de la rémunération des dirigeants et le salaire médian dans l’entreprise. Quelle est votre position à ce sujet et quel ratio préconisez-vous ? 
Je fais partie de ceux et celles qui se sont mobilisés pour qu’en effet on crée de la transparence de cette manière au delà du say on pay et les formules parfois bien compliqués expliquant les rémunérations des dirigeants malgré Sapin 2.
Dans la mesure où les structures d’activités des sociétés sont très diverses, j’accepte qu’il n’y ait pas de formule unique mais un explain de la formule choisie quant au périmètre (salaire médian des salariés en France ou à l’échelle mondiale ou sur un périmètre consolidé des entités principales comparables) car intégrer les statuts des salaires de filiales en Inde fausse la donne par exemple, et j’aurai bien opté pour faire apparaitre les choses clairement pour une formulation en euros puis en nombre de SMIC.
Le plus important est qu’une fois la formule choisie, la société n’en change pas afin de pouvoir comparer les évolutions à venir.
La première expérience du genre a été faite au Canada dans les banques sous l’impulsion d’une experte en gouvernance et grande amie Louise Champoux-Paillé, et ça a été très efficace ! Les rémunérations des 10 dirigeants des plus grosses banques qui cavalaient depuis 8 ans se sont calmés.

Assiste-t-on à un renforcement de l’activisme actionnarial en France ? 
Oui certes et tant mieux, c’est un aiguillon de bonne gouvernance dans un système encore assez vertical où le dirigeant a tout pouvoir sauf engagement vertueux de celui-ci… mais il demeure le fait de quelques uns et le terreau de passivité permet précisément à un dirigeant de faire passer ses options sans instaurer un dialogue. Je salue donc à ce titre votre initiative et ferai ce que je peux pour la soutenir en termes d’éducation de l’épargnant, de l’actionnaire individuel etc

Propos recueillis par Alexandre Loussert.

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